Transpercé.
Transe, percée dans la conscience,
Dans les méandres de la chair: 
Histoire de l’Univers.
Pierre, végétal, le bestiaire
Et les lignées humaines.
Transpercé
Par le feu qui monte dans mon dos,
Par l’acide qui irrigue mes nerfs,
Par la pression qui tente de faire imploser mon squelette.
Dans l’immobilité du temps et du faire
Me prend le mouvement éternel
A travers moi il danse
Et en lui je fond comme la neige sur la langue.

 

Transe, percée au sein des mythologies, 
Des dieux et des monstres qui dépècent 
Mon cadavre et s’en repaissent.

Percée, transe dans la lumière, 
Collé contre la grille des limites de mes possibilités humaines.
Apercevant de l’autre côté, de loin, la source qui éclaire.
Je deviens vide, traversé par le vent
Je suis un cercle dont le creux 
Devient la pleine expérience de l’élan.
Transe, bercé par les éclats des esprits 
Qui dansent au ciel de l'atmosphère,
Taches de feu bleuté qui constellent la voute de mon ciel.
Les portes de la perception désormais passées
Les visions se feront au présent, les yeux grands ouverts. 
La vie, la vie, la vie!
Le coeur arraché, le coeur détaché,
Toute l'attention déployée,
Alors le miracle transperce la chair, 
Dans le mouvement de la transe perce le sens qui était caché.
Je vois!
Au dessus des hommes, la forme de leurs pensées.
Au dessus des villes, les dragons ailés
Tournent et veillent, gardent les réservoirs noirs
Qui contiennent la nourriture que vous leur avez livré,
Le suc de vos vies désorientées.
Transpercé, par les douleurs osseuses,
Qui préparent mon crâne et mon cou
à recevoir la descente de la conscience supérieure.
Percée, dans le mental du silence,
Au dessus du nuage où les pensées de parole opèrent,
Dans la lueur du matin, d’une aube fertile qui les génère.
Dans la paix et la fraicheur je perçois, 
Du haut du pic d’une montagne où je me tiens,
La mer des nuées qui remuent les desseins 
Des vies qui leurs sont asservies.
Et les intendants qui m’opèrent, 
Ont désormais le champ libre.
Préparant le terrain en râlant,
Jaloux et envieux de mon sort de mammifère 
Qui échappe à sa condition, au joug auxquels ils coopèrent.
Transpercés, par les corps étrangers de fumées,
Que je rejette et vomis depuis mes entrailles parasitées.
Brisant et éjectant les carapaces d’ombres qui m’entouraient,
Rompant le charme de tous ces parasites qui de moi s'étaient joués.
Transpercé, je vois ton âme dans ton regard, 
Derrière des yeux vitreux qui ornent ton teint blafard.
Je parle à tes guides qui de toi sont coupés,
Je les relie à la corde d’argent que tu as oublié d’aimer.
Je vois, tes ancêtres qui s’empilent derrière toi,
Que tu portes comme ta croix, 
Supplice de l'hérédité, ils pleurent par ta voix.
Transpercé, le mystère de la Terre,
Des esprits des éléments, du feu, de l’eau, de l’air,
Et leurs pendants obscurs que l’on connaît bien moins.
Ils sont là, ignorés, oubliés, indignés
Jusqu’au coeur de nos cités.
Transpercé le mythe de l’humain souverain, 
De l’homme moderne développé.
Et je reprends ma place, au sein de l’Univers,
Entre les atomes et le système solaire,
Ma pupille ressemble étrangement à une nébuleuse
Et mes veines aux racines du lierre.
Chacune de ces entités, chacune de ces parties du tout possède la conscience
Elles en sont même entièrement constituées.
Transe, percée hors de ma geôle, 
Hors de ma coque, je navigue en liberté,
En esprit je connais, je sais, je suis, je sens,
Je deviens chacun, chacune,
Je ne suis pas frère qu’avec les humains,
Mais avec chaque grain de la matière,
Du vivant et de l’éther.
Conscience planétaire,
Conscience du soleil, de la voie lactée,
De la Totalité, conscience de la lumière, 
et de la Lumière de la lumière,
Je voyage en liberté de ce côté de la réalité.
Alors, perçant les nuées,
Jet d’or pur en filigrane de chaque partie du Tout,
Silencieux et Total, transperce le Sacré.
Saisi, grave, adorant, le Monde son vêtement
n’ose plus blasphémer.
Les archétypes de l’Univers 
Remplacent leurs descendances de matières
Et prennent le service pour recevoir l’Hôte et lui baigner les pieds.
Chaque être a un genoux à Terre,
Et l’âme dans leur poitrine se serre, 
Attiré par la Chair de sa chair.
 
Absolu, intégral, vague d’une pure densité,
Prenant l’espace au sein du vide et du plein.
Sacré, Sacré, Sacré, trois fois Saint le Divin.
Transpercé par Lui,
Enfin je suis arrivé.